Actes de la Conférence-débat animée par Med Ouramdane KHACER
Ancien membre de l'Académie Berbère
Président de l'association Afus Deg Wfus
Quelques repères historiques
Les Amazighs (pluriel de Amazigh qui signifie «homme libre puis
noble») constituent un des peuples les plus anciens du continent
africain. Leur présence en Amazighie (Afrique du Nord) remonte à la
plus haute antiquité. C'est le premier peuple à s'établir dans ce sous
continent de l'Afrique. Il est le peuple autochtone de cette région.
Grâce à son peuplement amazigh qui remonte à la préhistoire,
l'Amazighie possède une unité culturelle. L'homme amazigh tire ses
origines de deux éléments essentiels : les « Pré méditerranéens » et
Les hommes d'Afalou « Groupe de l'homo sapiens ». De 4000 à 8000 &
de 8000 à 12000 av. le présent. (Cf : Les Premiers Berbères par M.
Hachid. Edisud)
Les Apports & l'identité
Tout au cours de l'histoire, les Amazighs ont reçu différents
apports qui ont nourri leur personnalité et leur culture. Ces apports
ne peuvent pas constituer des identités. Les Amazighs avant d'être
confrontés aux Phéniciens, aux Romains, aux Byzantins, aux Vandales,
aux Arabes, aux Turcs et aux Européens, avant de parler et d'écrire en
punique, latin, grecque, arabe, français, espagnole, italien, avant
d'adopter les trois religions monothéistes, étaient des Amazighs
polythéistes, parlaient et écrivaient en amazigh tout naturellement.
C'est cette amazighitude qui tire ses racines du substrat amazigh qui a
forgé les différentes identités nationales des pays de l'Amazighie.
C'est cette conception de l'identité historique enracinée dans les pays
de l'Amazighie qui doit être consacrée. Elle ne peut pas être une
dimension parmi tant d'autres. (arabité, islamité, francité, latinité,
chrétienté…), elle est l'identité. On peut donc considérer que les
Amazighophones, les Arabophones et les Canariens de l'Amazighie se
fondent dans la même identité historique amazighe. Ce sont tous des
Amazighs.
La Question Amazighe dans l'Algérie Indépendante
Au lendemain de son indépendance, l'Algérie s'attendait à ce que sa
première langue historique, l'amazigh, prenne la place légitime
officielle qui lui revient dans toutes les instances étatiques et en
particulier l'enseignement et l'administration. Malheureusement il n'en
fut rien.
Après avoir saigné la Kabylie et la région d'Alger dans les années
qui suivirent l'indépendance (lutte des clans pour le pouvoir,
opposition du F.F.S), le régime FLN avec la collusion de l'armée des
frontières s'inspirant de l'idéologie du Baath panarabisme (Iraq,
Syrie…) s'est imposé en parti unique dictatorial et provoqua
l'exclusion des Algériens amazighophones par le déni de reconnaissance
de leur langue maternelle.
Son but étant d'éliminer totalement toute trace d'amazighitude,
porteuse de valeurs démocratiques. Pour atteindre cet objectif
d'aliénation et de génocide culturel, le régime despotique du F.L.N a
imposé une « arabêtisation » forcée des populations, dans les médias,
l'administration et plus particulièrement dans l'enseignement en
faisant appel aux services d'enseignants mercenaires des « pays frères
» du Moyen-Orient (Iraq, Syrie, Egypte, Palestine).
Cette arabisation menée en arabe littéraire dans l'Education
Nationale (langue incomprise des populations algériennes) fut forgée
par des politiques et des intellectuels en mal d'utopie. Elle répondait
à un mythe de langue commune supranationale du « monde arabe ». Elle
remplit le statut de langue idéologique du Baath, de langue nationale
officielle d'Etat, alors que la réalité linguistique du pays est tout
autre :
Le paysage linguistique de l'Algérie et des pays de l'Amazighie comprend :
• Deux langues nationales du peuple, l'amazigh et l'arabe populaire.
• Le français, héritage historique, étant une langue de communication.
Il aurait été judicieux dès l'indépendance du pays d'inscrire dans
les textes officiels, l'amazigh et l'arabe populaire comme langues
nationales officielles dans la perspective de leur modernisation
progressive notamment dans les domaines technique et scientifique afin
de les introduire progressivement dans l'enseignement, tout en
conservant à la langue française son statut de langue privilégiée.
Origines du Mouvement Amazigh en France
Malgré des tentatives isolées de défense de la langue amazighe en
Algérie notamment par des pétitions et la création de comités de
soutien en faveur de l'enseignement de la langue amazighe
(CRAPE-F.D.B-CCB de Ben Aknoun-RTA cours de Berbère à la faculté
d'Alger dispensés par feu Mouloud Mammeri…), le pouvoir en place avec
sa répression farouche et sans aucune concession a empêcher d'aboutir
toutes ces initiatives qui se sont alors déplacées dans l'émigration où
le terrain semblait plus favorable.
C'est ainsi que l'année 1966 a vu la création de l'Académie Berbère « Agraw Imazighen » qui sera dissoute en 1978.
Cette association française régie par la Loi 1901 fût fondée par
quelques intellectuels Franco Kabyles dont Rahmani Abdelkader, Hanouz
Med Saïd, Naroun Amar, Khelifati Med Amokrane, Marguerite Taous
Amrouche…
A partir des années 1968/70, le bureau de cette académie comprenait
: Un Président : Hanouz Med Saïd, pharmacien, un Vice-président :
Youssef Achour, Ancien Sous-préfet et Sénateur, un Secrétaire Général :
Hamici Hamid, animateur de la chaîne de radio kabyle, une Trésorière
Mme Mina Charlette. Bessaoud Med Arab assurait les fonctions de
secrétaire de l'association où il a élu domicile au 5 rue d'Uzès.
L'Académie berbère avait été durant une dizaine d'années le
rendez-vous de toute une génération de militants amazighs mobilisés
pour la défense et la réhabilitation de l'identité amazighe dans les
pays de l'Amazighie (Berbèrie).
Le travail de vulgarisation, de sensibilisation et de
conscientisation des populations a été principalement l'œuvre de
l'Académie Berbère « Agraw Imazighen » de Paris, de l'Académie Berbère
de Roubaix fondée par moi-même en 1971 ainsi que de l'Union du Peuple
Amazigh (UPA) fondée en 1974 par le regretté et ami Amar Neggadi.
L'Académie berbère Agraw Imazighen avait un discours idéologique
basé sur la vulgarisation de l'histoire, la réhabilitation des grands
personnages et autres héros de la civilisation amazighe. Elle avait eu
l'intelligence de réhabiliter l'alphabet amazigh Tifinagh qui avait
servi de support à la prise de conscience identitaire amazighe. C'est
ainsi qu'elle a su redonner la fierté à tous les Amazighs d'Afrique du
Nord et des Iles Canaries. Toutes les générations qui ont suivi le
Printemps amazigh de 1980 lui doivent leur conscientisation identitaire.
La réappropriation de l'identité amazighe s'est faite par la
réhabilitation des grandes figures de l'histoire amazighe, Massinissa,
Jugurtha, Syphax, Tacfarinas, Kahina, Koceila…
L'alphabet Tifinagh a reçu un écho inespéré auprès des jeunes
Son action s'accompagnait également par la publication de plusieurs
revues (Imazighen, Assaghen et Afus Deg Wfus) retraçant l'histoire du
peuple Amazigh. Tout cela a permis aux populations de se réapproprier
leur mémoire et leur a redonné une conscience identitaire. Ce
formidable succès (Algérie, Maroc, Libye, Niger, Mali…) a poussé la
dictature du F.L.N à mener une répression sauvage (emprisonnement,
tortures) auprès de la jeunesse, plus particulièrement en Kabylie
(Affaire des Tee-shirts etc…)
En 1972, un Comité de Conception Générale animé par le regretté
Haroun Mohamed a vu le jour à Alger. Un travail de fond à été mené par
ses membres auprès des populations amazighophones d'Algérie notamment
par la distribution de tracts et la diffusion de revues clandestines
dont la plus célèbre est Ittij et publication de bandes dessinées
écrites en Tifinagh.
D'autres initiatives ont vu le jour dans le milieu étudiant en
particulier dans la région parisienne avec la création du G.E.B (Groupe
d'Etudes Berbères) dont les activités se sont orientées vers la
publication de recueils de contes, proverbes, poésie…
Face à une répression féroce, certains membres de l'Académie Berbère
Agraw Imazighen sont amenés à s'organiser clandestinement en Algérie et
en France et ont fondé « Tidukla n Tzmert Imazighen » (Organisation
des Forces Berbères) dont l'objectif était de faire connaître au monde
le combat du peuple amazigh pour la reconnaissance de ses droits. Cette
organisation noyautée par les servies algériens aidés par leurs
collègues français, a vu tous ses membres arrêtés, emprisonnés et
torturés après la destruction du journal El Moudjahid en 1975.
Aujourd'hui, nous pouvons dire que cette Académie a accompli avec
succès sa mission de sensibilisation et de réhabilitation de la langue
amazighe et de son alphabet Tifinagh officiellement utilisé dans les
écoles pour l'enseignement de la langue amazighe au Maroc. Grâce à ce
travail de sensibilisation et de conscientisation, les Amazighs se sont
forgés une mémoire et une identité commune qui s'étend de l'Egypte aux
Iles Canaries, du nord de l'Algérie au sud du Niger.
Je profite de cet événement pour avoir une pensée et rendre hommage
à tous les compagnons du combat identitaire que j'ai connu, je nomme
Med Saïd Hanouz, Amar Naroun, Mouloud Mammeri, Ali Sayad, Slimane Azem,
Haroun Mohamed, Smaïl Medjber, Amar Neggadi, Hend et Ramdane Sadi,
Abdelmadjid Bali, Hassan Hiréche, Med Ouyahia, Hessas Abdelkader,
Bessaoud Med Arab, Mouloud Kaneb, Med Saïd Hamiche, Mustapha Aouchiche,
Mustapha Bounab, Berkouk ahmed, Salem Ould Slimane Djekouane Belkacem,
Bairi Hend ainsi qu'à tous les artisans de l'amazighitude dont j'ai
oublié les noms.
Conférence-débat animée par Med Ouramdane KHACER
Ancien membre de l'Académie Berbère
Président de l'association Afus Deg Wfus
samedi 11 juillet 2009 à 15 h
Maison des associations de Roubaix
Sur invitation de l'association AFAFA
Source : Kabyle.com