Deux islamistes présumés, soupçonnés d'avoir été en
relation avec des membres de la branche Al Qaïda au Maghreb islamique
(AQMI) ont été arrêtés jeudi à Vienne (Isère) selon une source proche
du dossier. Les deux hommes ont été interpellés sur commission
rogatoire du juge antiterroriste Christophe Teissier par des policiers
de la Direction centrale du renseignement intérieur.
Un gros poisson
Or, il s'avère aujourd'hui que l'un des deux
suspects était chercheur au centre de recherche nucléaire de Genève
(Cern). Il aurait renseigné Al-Qaida sur des sites à frapper dans
l'Hexagone.
«C'est du très haut niveau», commente laconiquement
un expert de la structure centralisée antiterroriste à Paris.
L'arrestation des deux islamistes présumés jeudi à Vienne (Isère), par
les hommes de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI),
pourrait bien représenter une étape importante dans la traque aux
réseaux d'Al-Qaida.
Cette fois, le profil des suspects n'a rien à voir
avec les habituelles recrues de banlieue qui encombrent les rôles de la
justice dans les dossiers islamistes. Il ne s'agit pas de petits
délinquants frustrés versés dans l'action radicale après s'être fait
laver le cerveau par des prêcheurs fanatiques. L'un des suspects
arrêtés, un Français d'origine algérienne âgé de 32 ans, était
chercheur au Cern, l'organisation européenne pour la recherche
nucléaire, basée à Genève et située de part et d'autre de la frontière
franco-suisse.
L'autre est son frère, âgé de 25 ans. Mais l'aîné
est de loin le plus intéressant pour la police. Il était pisté depuis
un an et demi par les services antiterroristes, débusqué au détour de
l'enquête conduite par le pôle antiterroriste parisien sur les filières
afghanes.
“Nous avons peut-être évité le pire”
L'aîné des deux frères aurait cherché à commettre
des attentats en France. La police aurait intercepté des échanges de
l'intéressé sur Internet avec des personnes identifiées comme étant en
lien avec Al-Qaida pour le Maghreb islamique (AQMI). Dans ces messages,
il aurait même désigné plusieurs cibles possibles pour commettre des
actions terroristes dans l'Hexagone. Son cursus universitaire et son
degré élevé de réflexion laissent penser qu'il ne pouvait s'agir d'un
projet relevant du simple fantasme. La DCRI, en tout cas, a jugé qu'il
était temps de lui réclamer des comptes, d'où une instruction
spécifique ouverte par la justice en septembre 2009 pour cueillir ce
gros poisson présumé.
Lors des perquisitions menées chez les deux frères,
les enquêteurs ont pu saisir deux ordinateurs, trois disques durs et
des clés USB, qui ont immédiatement été envoyés à l'expertise auprès de
services spécialisés en police technique et scientifique. Ils
permettront peut-être de recouper certains éléments captés à distance
par les limiers de l'antiterrorisme. Les policiers espèrent également y
récupérer des informations sur les contacts et les projets du duo qui
aimait à surfer sur les sites islamistes.
Jeudi, le ministre de l'Intérieur, fort bien
renseigné sur ce dossier, semblait ménager le suspense : “L'enquête
dira sans doute quels étaient les objectifs en France ou ailleurs et
indiquera peut-être que nous avons évité le pire”, a déclaré Brice
Hortefeux qui n'a pas voulu en dire davantage tout en expliquant
néanmoins les enjeux de ce dossier : “Nous sommes en situation de
vigilance permanente, nous suivons attentivement au jour le jour les
déclarations des responsables de certaines organisations. Notre
vigilance ne se relâche jamais. Le risque est permanent”.
Il a également rappelé que certains responsables
d'organisations terroristes “se sont exprimés publiquement” en visant
la France.
Al-Qaida pour le Maghreb islamique (AQMI) reste la
principale menace terroriste en France. Ce mouvement terroriste qui a
succédé en 2007 au GSPC algérien (Groupe salafiste pour la prédication
et le combat) est particulièrement actif en Afrique du Nord. Combien
compte-t-il de partisans outre-Méditerranée ? D'autres profils de haut
niveau œuvrent-ils dans l'ombre à la réalisation de ses funestes
projets ? Une chose est certaine : la police espère beaucoup de cette
enquête qui l'a déjà menée de l'Isère à la Suisse en passant par
l'Algérie.
Source : Bivouac-id
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